TRAVAILLER À LA RETRAITE : OUI, NON, PEUT-ÊTRE ?

Publié le 26 août 2026 à 11 h 29

La décision de travailler ou non peut s’avérer complexe puisque plusieurs programmes ou crédits d'impôt ou sociaux (PSV, SRG, Crédit pour la TPS, etc.) pourraient être affectés négativement par des revenus supplémentaires. A l’inverse, plusieurs mesures incitatives à l’emploi (crédit d’impôt pour prolongation de carrière, déduction pour travailleur, etc.) pourraient réduire la facture d’impôt des travailleurs d’expérience.  L’impact global peut représenter tout un casse-tête financier.

Mais travailler à la retraite, est-ce payant ? Est-ce réellement avantageux ou cela peut-il devenir un piège fiscal ? Concrètement qu’est-ce que ça donne ?

Je me suis souvent posée la question depuis mon départ à la retraite, à titre de planificateur financier indépendant, pour finalement décider de créer mon blogue Les retraités futés.  Je fais donc partie d’un groupe de plus en plus important de retraités québécois qui choisissent de rester sur le marché du travail, que ce soit pour le plaisir, pour garder un lien social, pour augmenter leurs revenus, pour rembourser des dettes, pour compenser la perte d’actifs ou de revenus suite à une séparation, une mise-à pied imprévue, etc.

 

Dans cet article :

Six (6)  bonnes raisons de retarder la retraite

Travailler à la retraite – un avantage financier ou un piège fiscal?

Des outils pour évaluer l’impact financier du travail à la retraite

En conclusion : des conseils futés pour nourrir votre réflexion

 

Six (6) bonnes raisons de retarder la retraite

1.L’oisiveté n’est pas plus agréable que le travail

En d’autres mots, les retraités qui passent d’un brusque coup de trente ans ou plus de travail à une inactivité totale subissent des contrecoups psychologiques et physiques. Parlez-en autour de vous.  L’année 1 de la retraite peut finir par être source d’ennui, de perte de repères voire même de dépression. Conséquemment, plusieurs retraités reprennent le boulot (différemment) après leur première année de retraite.

 

2.Les gens de plus de soixante ans ne sont pas moins efficaces que les jeunes

On vit maintenant à l’ère de l’information.  Le secteur des services accapare la majorité des emplois. Les capacités requises sont dorénavant plus mentales que physiques.  Un employé expérimenté est doté d’un bon réseau de contacts et de connaissances variées.  Il connait sa partie et son secteur et peut empêcher que des erreurs de gestion, souvent coûteuses, se matérialisent. La grande variété d’expériences et de connaissances ont une valeur indéniable pour toute entreprise privée, publique ou sociale.

 

3.Pour en finir avec le syndrome du troupeau de moutons

A l’exception des gens qui n’aiment vraiment pas leur boulot, ou qui ont un travail physique exigeant ou encore qui ont une santé fragile, beaucoup de personnes souhaitent travailler, à leurs conditions, une fois le moment de la retraite en vue. Quand on choisit de travailler plutôt que d’être obligé de le faire, c’est drôlement satisfaisant.

Votre vie personnelle et professionnelle vous appartient. Oubliez le cap illusoire de la soixantaine. Ne laissez personne d’autre dicter votre agenda.  Il n’y a pas d’âge pour bien faire, pas d’autres limites que celles que vous vous imposez. Prenez le temps chaque année de déterminer si vous souhaitez travailler ou non sans vous soucier de la date butoir de la retraite. Aujourd’hui, plusieurs opportunités s’offrent à vous : horaires flexibles de travail, travail à distance, travail à temps partiel, travail autonome, etc.

 

4.Élargir ses horizons

Vous avez une foule d’intérêts, d’envies, de passions qui sont des atouts tout aussi valables que vos compétences fonctionnelles. N’hésitez pas à aborder d’autres activités que celles pour lesquelles vous avez été formé. Plusieurs organismes sans but lucratif sont toujours à la recherche de main d’œuvre qualifiée et prête à s’impliquer dans une cause sociale ou communautaire.

Trouver un travail à temps partiel valorisant procure de l’ikigai, un terme japonais qui signifie donner un sens à sa vie, une raison d’être. Ce qui accroit le sentiment de bonheur et de sérénité.

 

5.Compenser les effets de l’inflation

Le pouvoir d’achat des retraités est de plus en plus plombé par l’inflation. Même les plus chanceux qui bénéficient d’une rente viagère garantie par l’ex-employeur sont touchés selon l’Observatoire de la retraite et l’Association des secteurs publics et parapublics (source). Au Québec, on compte moins de 25% des prestataires de régimes de pension qui bénéficient d’une compensation partielle ou totale de l’inflation. Travailler à temps partiel quelques années de plus au début de la retraite contribuent à compenser en partie les effets délétères de l’inflation, un phénomène qui tend à perdurer.

 

6.Continuer à faire fructifier votre capital retraite

En recevant des revenus de travail, vous permettez à vos épargnes de continuer à fructifier. La retraite se compte maintenant en dizaines d’années.

Selon une étude de Deloitte sur les quasi-retraités (source) l’espérance de vie ne cesse d’augmenter et accroît aussi le niveau d’épargne nécessaire.  Aujourd’hui, une femme de 65 ans a 50 % de chances d’atteindre 91 ans et 25 % de chances de vivre jusqu’à 96 ans. L’homme du même âge a 50 % de chances d’atteindre 89 ans et 25 % de chances de vivre jusqu’à 94 ans.

Les solutions financières se résument souvent à travailler plus longtemps ou vivre plus chichement. Avec la magie des intérêts composés vous prolongez « la durée de vie » de vos placements. Vous réduisez ainsi le stress financier, souvent présent, une fois retraité.

 

Travailler à la retraite  - un avantage financier ou un piège fiscal ?

Selon Statistiques Québec, l’âge moyen de la retraite en 2023 était de 65 ans pour les hommes et de 64 ans pour les femmes. La frontière entre la vie active et la retraite est donc maintenant plus floue qu’elle ne l’était il y a quelques années.

Voyons voir maintenant les avantages financiers de travailler à la retraite:

Augmenter le revenu disponible à court terme et pour le grand âge

Un très grand nombre de retraités ont des revenus modestes. 

Travailler à temps partiel pourrait s’avérer une avenue satisfaisante, voire gratifiante. 

Bonifier les prestations du Régime de rentes du Québec (RRQ)

Si vous ne recevez pas le maximum de prestations du RRQ soit 1 441$ par mois en 2026 (pour une personne de 65 ans), vous devriez vous questionner sur la pertinence ou non de vous exempter des cotisations versées au RRQ en continuant à travailler après 65 ans. Une étude très complète de Retraite Québec vous aidera à y voir plus clair : Continuer de cotiser au Régime tout en recevant une rente de retraite?

Si vous faites partie d’une minorité de retraités ayant reporté le début de la rente de la RRQ à 65 ans (environ 27%), vous ne serez plus pénalisé par une baisse de vos revenus après cet âge, et ce, depuis le 1er janvier 2024. En prime, vous aurez une future rente encore plus élevée.

Mieux encore – reporter la RRQ pourrait vous permettre de recevoir, sans impôt, le supplément de revenu garanti (SRG).

Cotiser au REER ou au CELI

En travaillant à temps plein ou à temps partiel, vous atteindrez possiblement une tranche de revenu davantage imposée. Cotiser au REER ou au REER du conjoint pourrait être une avenue fiscale intéressante sans oubliez les droits de cotisation inutilisées.

Si au contraire, votre revenu est inférieur à +/- 45 000$, il sera préférable de cotiser au CELI – une cagnotte pour vos plus vieux jours – libre d’impôt à vie.

Si vous avez des REER importants, les cotisations au CELI deviennent une meilleure alternative. Décaisser des REER en plus du revenu de travail pourrait être une stratégie gagnante avant que vous ayez atteint 71 ans selon votre taux d’imposition marginal.

Par exemple : Pierre est semi-retraité.  Il gagne 32 000$ en revenus de retraite (RRQ, PSV, rente d’employeur). Le revenu de travail estimé pour l’année est de 8000$. Son taux d’imposition marginal reste le même à 32 000$ ou à 40 000$ (32 000+ 8000) à 25,69% (source). Il n’a pas d’intérêt financier suffisant pour cotiser au REER. Le CELI serait plus intéressant. Il pourrait même retirer une somme de son REER (jusqu'à 14 000$) et conserver le même taux d’imposition marginal. Toutefois son crédit en raison de l'âge sera réduit.

 

Profitez de crédits d’impôt avantageux

Le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière  vous permet d’obtenir jusqu’à un maximum de 1 750 $ (1540$ avant 2025) en réductions d’impôt si vous gagnez plus de 7 500 $ par année en revenus d’emploi.

Le crédit d’impôt en raison de l’âge continuera de s’appliquer à partir de 65 ans,

Si vous n’avez pas de rente d’employeur, il serait avantageux de transformer une partie de vos REER en FERR afin de recevoir au moins 2000$ de revenus de vos fonds enregistrés à partir de 65 ans. Vous profitez ainsi du crédit pour revenus de retraite au provincial et du crédit pour revenu de pension au fédéral.

 

Maintenant voyons les pièges fiscaux de retarder la retraite :

Récupération de la Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV)

Si votre revenu dépasse 93 454 $ (seuil 2025), vous devrez rembourser 15 % du montant excédentaire sur votre PSV, ce qui peut réduire considérablement vos prestations.

Par exemple, un revenu de 100 000 $ entraînera une récupération de 981 $ sur la prestation fédérale.

Réduction du Supplément de revenu garanti (SRG)

Si vous bénéficiez du SRG, chaque dollar de revenu de travail réduit de 50 % votre prestation. Une exemption vous permet cependant de gagner jusqu’à 5 000 $ de revenu de travail sans pénalité.  Et entre 5001 $ et 15 000$, la moitié des revenus gagnés seront pris en compte.

Par exemple, Martin reçoit 380$ en supplément de revenu non imposable tous les mois. Il gagne 5000$ en revenu de travail en 2025. Il va continuer de recevoir la même somme de SRG en 2025-2026, à condition de recevoir sensiblement les mêmes revenus que l’année précédente. Si toutefois, son revenu d’emploi était de 8000$, ses prestations seraient amputées de 750$, soit 62,50$ de moins par mois. Mais Martin se retrouve avec un revenu total en fin d’année plus élevé.

Augmentation du taux d’imposition

Travailler après la retraite peut vous faire passer dans une tranche d’imposition plus élevée, ce qui réduit l’intérêt de gagner un revenu supplémentaire.

Par exemple, si vous avez déjà un revenu de pension de 40 000 $ et que vous gagnez 30 000 $ en revenus d’emploi, votre taux d’imposition marginal pourrait dépasser 36 % selon votre situation (source).

Toutefois, en raison du crédit d’impôt pour travailleurs d’expérience et d’autres crédits pour les 65 ans et plus, l’impact financier sera moindre que pour un contribuable de moins de 65 ans (source).

 

Des outils pour évaluer l’impact financier du travail à la retraite

Il existe maintenant une pléthore d’outils en ligne disponibles pour vous aider à évaluer les implications financières et fiscales du travail à la retraite au Québec.

Voici ma sélection des principaux calculateurs offerts par différentes sources :

  1. Calculateur du revenu de travail conservé à la retraite (Ministère des Finances du Québec et EducÉpargne)

Cet outil s’adresse à des personnes de plus de 55 ans pour des situations financières les plus courantes. Il estime la part du revenu d'emploi que vous conserverez en recommençant ou en continuant à travailler après la retraite. Il tient compte des impôts (provincial et fédéral), des cotisations obligatoires (RRQ par exemple) et de l'impact sur les aides gouvernementales, comme le Supplément de revenu garanti. L’outil intègre également les incitatifs à l’emploi tels que le crédit d’impôt pour travailleurs d’expérience de 65 ans et plus.

L’outil vous permet de prévoir quel sera, approximativement, l’impôt supplémentaire à payer. Toutefois, prenez note que l’impôt calculé est en fonction de chacun des revenus séparément et non sur la totalité. Comme notre système d’imposition est progressif, il est probable que les prélèvements estimés à la source soient insuffisants. Parlez-en à votre employeur, si nécessaire.

Certains revenus ne sont pas pris en compte tels que les dividendes, les intérêts, etc. Certaines dépenses telles que les frais médicaux ne sont pas considérés.  Malgré ces limites, cela demeure un très bon outil de référence.

Lien : Calculateur du revenu de travail conservé à la retraite

Les prochains calculateurs sont plutôt des simulateurs de revenus à la retraite. Ils ne remplacement pas un planificateur financier mais vous donne une bonne idée de ce qui vous attend, en tenant compte de multiples hypothèses.

  1. Calculateur canadien du revenu de retraite (Gouvernement du Canada)

Cet outil en ligne vous permet d’estimer vos revenus provenant de diverses sources et à comparer ces estimations à vos besoins de revenus de retraite.  

Lien : Calculateur canadien du revenu de retraite

3. SimulR (Retraite Québec)

SimulR est un outil simple qui vous aide à calculer vos besoins d'épargne pour la retraite. Un autre avantage c’est qu’il vous permet de conserver vos résultats, d’y revenir à votre guise ou encore de les partager avec votre conseiller ou votre planificateur financier. Vous pouvez faire autant de simulations que vous le souhaitez.

Lien : SimulR

  1. La chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke

Enfin, je vous suggère d’aller consulter l’étude très intéressante de la Chaire en fiscalité et en finances publiques (source) qui même si elle date de 2021 demeure très éclairante On y présente de nombreux cas de retraités seuls ou en couple. La présentation conclut que pour différentes situations, le retraité conserve au mieux 90% du revenu d’emploi et au pire 60%. Le résultat vient challenger le vieux mythe qui dit que cela ne vaut pas la peine de travailler.

Lien : A la retraite et au travail ? Un regard éclairé sur cette question

 

Travailler sans payer d’impôt ?

Il faut savoir qu’au Québec (et au fédéral), tous les contribuables ont droit à un crédit d’impôt personnel, soit, une première tranche d’impôt qui n’est pas imposable. En 2026, le montant est de 18 952$ au niveau provincial et de 16 452$ au Fédéral (source). Pour les retraités de 65 ans et plus, d’autres crédits s’ajoutent tels que le crédit pour revenu de pension, le crédit en fonction de l’âge, le crédit pour la prolongation de carrière et le crédit pour revenu de retraite, etc. Il ne sera donc pas possible de travailler à la retraite sans payer d'impôt, à moins de gagner moins que les crédits d'impôts offerts aux retraités de plus de 65 ans,  mais il vous en restera davantage dans vos poches qu'un salarié non retraité. 

 

En conclusion : des conseils futés pour vous aider dans votre réflexion

Si l’idée de travailler à la retraite vous tente mais que vous hésitez encore, relisez l’article et parlez-en dans votre entourage et auprès de retraités qui travaillent.

Vous n’avez pas à planifier de rester au travail à moyen ou long terme. Prenez votre décision une année à la fois.

Appliquez la même règle pour la rente de la RRQ à partir de 60 ans. Si vous continuez à travailler, vous reportez le début de la rente.  Vous pouvez changer d’idée en tout temps par la suite. Chaque année de report vous avantage grandement.

Parlez-en à votre conjoint(e). Discuter ensemble de vos projets communs ou individuels et évaluez comment le travail peut s’insérer dans vos projets de vie.

Financièrement, travailler est toujours avantageux pour la classe moyenne. De nombreuses stratégies de décaissement des actifs peuvent être optimisées.

Pour les retraités avec des revenus plus modestes, des calculs s’imposent.

Dans tous les cas, consultez un professionnel vous permettra d’obtenir des conseils adaptés à votre situation personnelle et familiale.

Et vous, quel est votre intention : travailler ou non à la retraite ?

 


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